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Elargissement du périmètre des plaques bilingues à Mulhouse

Mulhouse fut la première grande ville d’Alsace à engager, dès 1991, la mise en place de plaques bilingues français/alsacien. Ville pionnière en la matière, l’initiative en revient à Evelyne Schmitt-Troxler, alors conseillère municipale déléguée à la langue et à la culture régionale. Petit à petit, par vagues successives, les plaques bilingues ont investi
les rues de Mulhouse, et on compte aujourd’hui 69( !) (sur environ 400)
rues ou places de Mulhouse, affichant une plaque bilingue. On aurait pu en rester là, ce qui, comme le soulignait au passage Evelyne Schmitt-Troxler donnerait un bon moyen mnémotechnique pour se souvenir du nombre de rues bilingues mulhousiennes (mai à quoi pensait -elle donc ? Dieu seul, ou plutôt Cupidon le sait…si vous avez une idée, merci d’en faire part au journal), mais la ville de Mulhouse a décidé de passer une vitesse supérieure.

Début 2009, fut ainsi apposée la première plaque bilingue du programme 2009, au niveau du pont de la fonderie/Giessereibrucka. Lieu emblématique s’il en est, le réflexe d’appliquer une dénomination bilingue à un nouvel équipement, est à relever.

 Le projet d’extension du périmètre des plaques bilingues est présenté par l’adjoint “de référence” Denis Rambaud lors de la séance du Conseil municipal du 16 février. Il porte sur 20 rues supplémentaires, ce qui permettrait, comme le souligne Denis Raumbaud, de boucler le traitement bilingue du Vieux -Mulhouse, l’objectif étant à la fois de valoriser un patrimoine linguistique et de promouvoir l’usage du dialecte. “On en restera pas là”, annonce Denis Rambaud. Les prochaines années devraient ainsi voir petit à petit les plaques bilingues s’égréner dans l’ensemble des quartiers de Mulhouse, “partout où cela sera pertinent”, précise Denis Rambaud. Il est vrai qu’entre-temps la pose des plaques bilingues bénéficie d’un large consensus des Mulhousiens et d’un vif intérêt des touristes. L’adjoint Thierry Nicolas, qui n’était pas de glace ce jour là, souligne qu’il remarque souvent les touristes photographier la plaque bilingue qui se situe au coin de la rue face à son “Eiscaffé” , rue Henriette/Schulgass”. “Mais que photographient-ils donc”, sétait-il longtemps demandé, avant de découvrir qu’il s’agissait de la plaque bilingue du “passage teutonique/Ditschehofgassla”… Comme quoi …

Bien que la délibération fut adoptée a l’unanimité, elle offrit l’opportunité d’un débat assez vif entre la municipalité et l’opposition FN, le groupe PS étant resté coi… Patrick Binder (FN) , tout en saluant l’initiative, dénonce ce qu’il appelle une logique de “muséification” de l’alsacien. Pour lui, le “traitement homéopathique” de la question, tel qu’il se pratique aujourd’hui à ses yeux, est nettement insuffisant, alors que l’état critique de la langue et de la culture régionale nécessiterait un “traitement de cheval”. Et Binder d’énumérer une série de propositions en ce sens, destinées à rendre la langue régionale plus présente dans l’environnement des mulhousiens : afficher des devises en alsacien sur les bâtiments publics, publier des textes en langue régionale dans les publications municipales, systématiser la présentation bilingues des menus dans les restaurants, placer quelques propos en alsacien dans les discours, etc… Au passage, Patrick Binder dénonce l’absence de la gauche sur ce dossier et la pusillanimité des autres partis, notamment au conseil régional.

Dans sa réponse, le maire Jean-Marie Bockel relève deux approches de la question : l’une fermée, hostile à l’altérité, et l’autre ouverte, résolument privilégiée par la municipalité.”Dans une ville comme Mulhouse, de grande diversité, où la pratique de l’Alsacien est factuellement minoritaire, nous avons multiplié les initiatives visant la promotion du bilinguisme et la défense de l’alsacien. Notre objectif est de sensibiliser tous les Mulhousiens, quelle que soit leur origine, à cette richesse et de la rendre accessible au plus grand nombre. Nous sommes conscients des atouts que cela représente, pour nos concitoyens, en termes d’ouverture, de possibilités d’échanges transfrontaliers, d’attractivité pour Mulhouse et de potentialités économiques, notamment pour l’emploi”, précise le Maire qui se veut résoument “offensif” en la matière.

Bernard Stoessel, en sa qualité également de Vice-Président du Conseil régional, mais en cause par Patrick Binder, se déclare ardent défenseur du bilinguisme. “Pas au conseil régional en tout cas”, l’interrompt Patrick Binder. “Halt d’Schurra” lui lance alors Henri Metzger, du groupe majoritaire (NDLR : enfin un peu d’alsacien dans ce débat…). Bernard Stoessel dénonce la propension de Patrick Binder a entretenir la sinistrose, et à cet égard à “se tirer une balle dans le pied”. Il rejette le procès de “muséification”, de simple “folklorisation” de la langue régionale et s’inscrit dans une perspective d’avenir : pour lui il est important de sensibiliser les mulhousiens à l’atout que représente le bilinguisme, la langue et la culture régionale, et la mise en place étendue de plaques bilingues participe de cet objectif. Il invite ensuite Patrick Binder à plutôt relever ce qui se fait de positif en la matière, et illustre ce propos en l’invitant à visiter le site internet des plaques bilingues de Mulhouse, qu’il qualifie de “remarquable”. (NDLR : c’est bien vrai ça, tous à vos claviers .. : www.plaquesbilingues.fr/.)

Au détour de ce conseil municipal, face à une gauche restée étonnamment muette sur ce dossier pendant les débats, Darek Szuster, porte parole du groupe PS pour la culture, souligna qu’il convenait de ne pas laisser à l’extrême droite un quasi monopole de l’exploitation de ce sujet . La politique ayant horreur du vide, l’ensemble des partis alsaciens, et notamment ceux de gauche, seraient effectivement sans doute bien inspirés à mieux camper cette thématique ô combien essentielle pour l’avenir de notre région.

Tonic Jean Rachoutte

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